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Gourmands de déforestation

25/04/2018

Découverte : Article rédigé pour le 244ème numéro de L'auditoire, le journal des étudiant·e·s de l'Université de Lausanne, suite à la proposition de Suzanne, responsable Société.

 

Un terrain en Indonésie, déforesté pour la plantation de palmiers à huile de palme.

 

Gourmands de déforestation

 

ALIMENTATION • Alors que de plus en plus d'ONG tirent la sonnette d'alarme concernant l'huile de palme, les consommateurs français se ruent sur les pots de Nutella soldés. Adulé ou critiqué, ce produit ne laisse personne indifférent.

 

En janvier dernier, une promotion de 70% sur les pots de Nutella a provoqué des émeutes dans plusieurs Intermarchés français. Une fois les stocks épuisés, les employés ont reçu de nombreux appels de clients frustrés désirant, eux aussi, profiter de cette réduction. Une véritable fièvre pour cette pâte à tartiner, qui s’explique non seulement par une campagne de publicité très réussie, mais surtout par un choix d’ingrédients favorisant l’addiction.

 

Encore une tranche !

Il s’agit bel et bien d’une dépendance neurochimique, selon Sylviane Picasso, nutritionniste et docteure en biochimie : « Bien que masqué par le chocolat et les noisettes, l’important taux de sucre permet au cerveau de libérer de la dopamine. » Ce neurotransmetteur, normalement émis lors d’expériences associées au plaisir, est également produit lors de consommation de drogues. Le Nutella est aussi extrêmement gras et contient du cacao, deux éléments qui favorisent également le développement d’une addiction. Composé à 72% d’huile de palme raffinée, c’est-à-dire dépourvue d’antioxydants et de leurs bienfaits, la pâte à tartiner est riche en graisses saturées, que le corps humain ne requiert qu’en très petites quantités. Néanmoins, au niveau nutritif, le Nutella se démarque peu d’autres produits chocolatés transformés, qui, de par leur teneur en sucres raffinés et en graisses, poussent les consommateurs à l’addiction. La combinaison réfléchie et calculée des ingrédients ainsi que les stratégies de communication de la marque lui valent son succès.

 

Par leur publicité de masse mettant en scène le pot de pâte à tartiner au milieu d’une famille partageant un petit-déjeuner ou un goûter prétendument sain, Ferrero affirme délibérément et convainc ainsi les parents que ce produit s’intègre dans une alimentation équilibrée pour leurs enfants, assurant un comportement de dépendance chez ses consommateurs dès leur plus jeune âge. Cependant, les impacts sur la santé sont minimes à côté des conséquences environnementales et humaines que le nutella engendre.

 

Grands enjeux

D’après l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Indonésie et la Malaisie fournissent 85% de l’huile de palme consommée mondialement. Les fondations Pain pour le prochain et Action de carême luttent pour éviter que les frais de douane ne soient diminués pour l’importation vers la Suisse. Elles s’insurgent contre les monocultures de palmiers qui déforestent ces pays, amenuisent les sols, contaminent les terres de pesticides et d’engrais, provoquent des maladies chez les ouvriers exploités, créent des emplois mal rémunérés et exproprient les populations locales. C’est pourquoi la campagne « huile de palme=accaparement des terres » a été lancée, encourageant les consommateurs à renoncer à cet ingrédient. Elle dénonce l’inutilité de la certification RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil), fondée pour défendre une production équitable de l’huile de palme, mais accusée à plusieurs reprises, notamment par WWF, de fermer les yeux sur de nombreux problèmes causés par les plantations. Pourtant, « l’huile de palme se trouve dans presque tous les produits agroalimentaires transformés, ainsi que dans certains cosmétiques », rappelle la nutritionniste. Le Nutella n’est donc de loin pas le seul accusé.

 

Le fruit défendu

Pourquoi cet engouement pour l’huile de palme raffinée? « Elle ne rancit pas, ne s’oxyde pas, n’a pas d’odeur, et surtout, se dénote par l’onctuosité qu’elle confère aux aliments » précise Sylviane Picasso. Un aspect qu’on observe notamment dans le Nutella, difficile à reproduire avec d’autres huiles, et qui assure une sécrétion d’endorphines lors de la consommation. Si l’on ne peut se passer de pâte à tartiner, la nutritionniste recommande de se tourner vers des alternatives artisanales, ou d’en faire chez soi, avec de l’huile de noisette. En somme, si la douceur du Nutella séduit massivement les gosiers des petits et des grands, elle se démarque aussi par son amertume du côté des forêts asiatiques.

 

 

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