Please reload

L'avocat de la viande

30/05/2018

Découverte : Article rédigé pour le 245ème numéro de L'auditoire, le journal des étudiant·e·s de l'Université de Lausanne.

 

L’avocat de la viande

 

VÉGÉTARISME • Modifier son mode d’alimentation peut permettre de réduire son impact sur l’environnement, raison pour laquelle de plus en plus de personnes décident de renoncer à la consommation de viande. Néanmoins, un certain scepticisme règne concernant les véritables bénéfices écologiques de cette habitude alimentaire.

 

En quinze ans, le nombre de végétariens s’est multiplié par six sur le territoire helvétique : le site de Swissveg les dénombre à 11% de la population en 2017. Les raisons menant à adopter ce mode de vie diffèrent selon les personnes. Pour certains, il représente un activisme encourageant une répartition mondiale plus équitable des ressources, dénonçant et s’opposant ainsi à la production de céréales dans le seul but d’engraisser le bétail au lieu de nourrir des êtres humains.

 

D’autres prônent les bénéfices d’une alimentation sans viande pour la santé, sujet sur lequel la sphère scientifique leur donne raison : le végétarisme augmente l’espérance de vie, selon une étude menée en 2013 par l’Université californienne de Loma Linda. Enfin, renoncer à la consommation de viande représente également un engagement écologique : « En Europe, 20 à 30% des impacts environnementaux causés par la consommation publique et privée sont liés aux boissons et à la nourriture, dont notamment la viande et les produits laitiers », indique Marlyne Sahakian, professeure en sociologie à l’Université de Genève, spécialiste de la thématique de la consommation dans une perspective de durabilité. En effet, les émissions des gaz à effet de serre produits par l’élevage ont dépassé celles des transports. Les principaux responsables : la production et l’importation des aliments nourrissant les animaux, ainsi que le méthane produit par les flatulences du bétail. Ce à quoi peuvent s’ajouter d’autres problématiques écologiques, telles que la déforestation amazonienne pour laisser place à l’élevage, ainsi que les quantités d’eau utilisées pour les abreuver, étant donné qu’un kilo de bœuf en nécessite 15’000 litres. Néanmoins, cette habitude alimentaire fait des sceptiques sur ces mêmes questions environnementales.

 

Des écolos pollueurs

Plusieurs reproches sont adressés aux végétariens concernant l’impact environnemental de leurs habitudes alimentaires. Des questionnements s’élèvent concernant la consommation de quinoa, dont la teneur en protéines en fait un bon aliment de substitution aux produits d’origine animale. On remet également en question l’engouement pour les avocats, riches en vitamines, en antioxydants et en acides gras monoinsaturés. L’avocat et le quinoa sont non seulement très présents dans les restaurants végétariens, mais aussi de plus en plus populaires de manière générale. La consommation de ces aliments ayant drastiquement augmenté ces dernières années en Europe, leur production pose des problèmes humains et écologiques.

 

Le Mexique, premier exportateur mondial d’avocats, subit une déforestation de masse pour laisser place à une culture contribuant à l’assèchement des terres : un avocat requiert 400 litres d’eau, selon une enquête menée par le Zeit. Par ailleurs, sa production intensive va de pair avec une pollution des sols, amenant son lot de maladies auprès des agriculteurs. Un portrait similairement tragique est dressé du quinoa, principalement cultivé au Pérou. Initialement consommé comme céréale de base dans l’alimentation des Péruviens, son exportation de masse a drastiquement augmenté son prix, ce qui le rend inaccessible aux populations défavorisées. Ces constats remettent en question les convictions écologiques des personnes ayant renoncé à consommer de la viande.

 

Amalgame alimentaire

Néanmoins, force est de rappeler qu’il est possible de trouver des avocats bio cultivés en Espagne, ce qui limite les dégâts environnementaux observés au Mexique. Par ailleurs, le végétarisme n’implique pas une consommation exclusive d’avocats et de quinoa ; il permet également de se tourner vers de nombreux produits cultivés en Europe. La remise en question s’imposerait donc plutôt du côté des importations de nourriture cultivée dans des conditions plus que discutables. Autrement dit, le végétarisme en soi peut difficilement être nommé responsable pour les conséquences humaines et écologiques de certains modèles d’agriculture. Pour une analyse fondée de l’impact social et environnemental du mode d’alimentation d’un individu, la distinction entre végétariens et omnivores ne suffit pas ; les habitudes locavores (manger des produits locaux et de saison) et la valorisation des produits bio sont également à prendre en compte. Et Marlyne Sahakian de préciser : « On tend à moraliser les consommateurs, comme si toute la responsabilité pour un moindre impact écologique reposait sur nos choix individuels ; or nous n’avons pas toujours le choix. » En effet, une alimentation éthique peut se révéler chronophage et contraignante financièrement, et n’entre pas dans le champ des priorités de tous. Néanmoins, ces nombreux questionnements sont les indicateurs d’une transition vers une prise de conscience collective concernant l’importance d’une alimentation responsable. Bien qu’elle présente de nombreuses difficultés en termes de priorités et implique un certain temps d’adaptation, elle oriente peu à peu l’agriculture vers l’espoir d’un changement.

Share on Facebook
Please reload

Please reload

Catégories
Posts récents
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now