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Le plus beau jour de ma vie

12/11/2018

Découverte : Article publié pour le 247ème numéro de L'auditoire, le journal des étudiant·e·s de l'Université de Lausanne.

 

 

Le plus beau jour de ma vie

 

FÉMINITÉ • Alors que les robes de mariées en font rêver plus d'une, l'institution du mariage reste chargée de codes aux significations peu flatteuses pour la gent féminine. Robe blanche, chapeau de Sainte-Catherine, accompagnement de la mariée par le père à l'autel : des symboles porteurs d'une doctrine problématique.

 

Bien que le mariage et sa signification aient beaucoup évolué au cours du temps, de nombreuses traditions persistent et maintiennent une culture d’assujettissement des femmes. De par leur symbolique très imagée, ces rituels ont le pouvoir d'agir profondément sur l'inconscient et, s'ancrant dans l'imaginaire collectif, ils perpétuent de manière insidieuse une représentation réductrice de la mariée. En effet, dès leur plus jeune âge, les enfants sont conditionnés à percevoir le mariage comme accomplissement ultime de la féminité: les princesses, attendant passivement leur prince charmant, voient leurs aspirations se réaliser au moment de la célébration des noces. Là où les garçons peuvent se construire sur des modèles de force, d’aventure et de courage, les filles sont priées d’attendre que le mariage les réalise dans leur intégrité. En témoigne la tradition du chapeau de Sainte-Catherine, symbole de culpabilisation de toute demoiselle n’ayant pas trouvé chaussure à son pied avant ses vingt-cinq ans. Cette pression exercée sur les épaules des femmes s’accompagne d’une appropriation de leur identité dans ses dimensions physique et juridique.

 

Contrôle de la sexualité

 

La robe blanche est porteuse de nombreuses significations quant à la sexualité des femmes. Comme l’indique Eléonore Lépinard, Professeure en Études Genre à l’Université de Lausanne, «ce symbole de pureté cristallise l’importance de la virginité qui, accompagné de la monogamie, garantissait originairement la filiation paternelle». Le désir d’assurer la généalogie du mari s’accompagne de l’élaboration d’un double standard sexuel, encourageant les hommes, dès le XIXe siècle, à avoir des expériences avant le mariage, ce qui explique en partie le grand développement d’une prostitution à cette époque. Non seulement les femmes se voit désappropriées de leur sexualité, qui débute selon le bon vouloir de l’homme qu’elle épouse, mais leur désir leur est également dénié : leur activité sexuelle n’a pas de légitimité en soi, sauf pour assouvir les besoins primaires de leur mari et accomplir leur rôle de procréatrice.

 

Tu ne travailleras point

 

L’objectification se manifeste également dans la symbolique du père qui accompagne sa fille à l’autel pour l’offrir à son mari, imposant à la mariée le statut d’un objet dont on peut transmettre la possession. Comme l’explique la professeure, ce rituel retrace la dépendance dans laquelle le mariage enfermait originairement les femmes: «la fille passait de la tutelle du père à la tutelle du mari. Pendant longtemps, le mariage a organisé la minoration juridique des femmes, c’est-à-dire que les femmes restaient légalement des mineures. Cette tradition symbolise un fonctionnement dans lequel la femme n’existe qu’en rapport à l’homme qui en détient la tutelle. Elle devient donc juridiquement dépendante de son mari.» En effet, jusqu’en 1988, les Suissesses avaient besoin de l’autorisation de leur mari pour travailler ou avoir un chéquier. C’est seulement en 1990 que tous les cantons ont accordé le droit de vote féminin.

 

Problématiques actuelles

 

Bien que les lois offrant le pouvoir aux hommes sur le patrimoine économique de leur épouse appartiennent au passé, le contexte juridique actuel met encore des bâtons dans les roues de l'émancipation féminine. L'identité de la marièe est démantibulée lorsque le nom de son mari vient remplacer celui de son père ; un fonctionnement illustrant l'ampleur du pouvoir patriarcal dans les institutions juridiques. Par ailleurs, comme le souligne Éléonore Lépinard, «le mariage organise fiscalement la désincitation au travail des femmes par la sur-taxation du salaire d’appoint, qui est souvent celui de l’épouse». Ce système encourage les femmes à abandonner leur emploi et devenir économiquement dépendantes des hommes, retombant ainsi dans un schéma restreignant.

 

Cela dit, une certaine évolution est à saluer dans la relation ambigüe entre les femmes et le mariage. Plusieurs films d'animation ont délaissé le schéma narratif concluant sur la célébration des noces pour offrir aux enfants une vision différente de la féminité. Par exemple, la Reine des neiges évoque l'annulation de fiançailles. Dans la même lignée, Vaiana célèbre l'indépendance de sa protagoniste ainsi que son amitié avec Maui, mettant ainsi en valeur une relation homme-femme novatrice pour un dessin animé. De plus, d'un point de vue juridique, en Suisse, les époux peuvent aujourd'hui prendre le nom de la mariée. Enfin, le Conseil Fédéral a proposé, en mars dernier, de supprimer la pénalisation du mariage dans le cadre de l’impôt fédéral direct. Reste à espérer que cette idée se concrétisera et que l'institution du mariage poursuivra son sinueux chemin vers plus de droits pour les femmes, les soutenant ainsi dans leur émancipation.

 

 

 

 

 

 

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